Un slot MVS qui aime le 51

Publié le par Rage

Parfois, après un repas un peu trop arrosé, on ne se sent pas très frais. Là, à voir l’état de la carte, on dirait surtout que c’est le MVS qui a pris l’apéro à notre place. La PCB est bien sale, et elle a visiblement été stockée avec autant de soin qu’une chaussette orpheline au fond d’un garage depuis quinze ans.

Comme d’habitude, on enlève le capot pour voir la bête. Et franchement… c’est moche. On retire la pile, évidemment oxydée, parce qu’il fallait bien un bonus. On fait ensuite un contrôle visuel rapide pour vérifier qu’aucune saleté ne peut provoquer un court-jus, et que certains pins sous les puces n’ont pas décidé de se tenir un peu trop près. Puis on branche, on allume, et on voit si le patient tousse encore.

Au démarrage, je suis accueilli par un bel écran orange. Ambiance digestion difficile, version électronique. Un petit tour d’inspection montre pourtant qu’il y a de la vie : le bus 68k est OK, le BIOS démarre gentiment, bref la carte n’est pas totalement partie rejoindre le grand cimetière des MVS cannibalisés.

 

 

Allez, on va essayer de comprendre ce qu’elle raconte. On retire le BIOS, qui ira rejoindre ma collection de puces sauvées des eaux, et on branche la bête : le Briconeo de notre Gourou Aurélien, aka Bouz. Dans ce genre de cas, quand l’affichage semble mâchonner le SFIX sans jamais rien sortir à l’écran, cet outil est très pratique pour tester les différentes mémoires de la carte. Une RAM d’affichage HS peut parfaitement provoquer ce type de symptôme, donc autant commencer par là avant d’accuser tout le quartier.

 

 

Pas de chance : la BRAM a un problème, mais les RAMs d’affichage sont OK. Donc non, ce n’était pas la panne facile du vendredi soir. Il va falloir utiliser le truc pénible : le cerveau.

La carte démarre bien, mais n’affiche qu’un écran uni. Si la RAM est bonne, on commence à regarder du côté de la SFIX. Cette ROM contient la bibliothèque des caractères quand aucune cartouche n’est insérée. Contrairement à l’AES, une MVS n’affiche pas juste du vide : elle montre un écran de test, et les caractères viennent précisément de cette ROM. Il arrive que cette puce soit HS. En observant ses pins, je vois que l’adressage est OK, mais qu’aucune ligne de data ne s’active. Et en regardant les signaux de contrôle, un détail saute aux yeux : le CE, le chip enable, est à l’état haut. Or à ce stade, la ROM SFIX devrait être active, donc ce signal devrait être bas. Là, clairement, quelqu’un ne fait pas son boulot.

 

J’en déduis que la ROM elle-même n’est peut-être pas morte, et que le problème vient plutôt de son activation. Sur cette carte, l’activation de la SFIX est gérée par un latch situé près du BIOS : un HC259. C’est une puce qui s’occupe de plusieurs signaux critiques, dont le VEC ou le SYSTEM. Quand elle rend l’âme, on tombe souvent sur un boot foireux, voire le fameux “click of death”. Ici, la carte boote quand même, donc on pourrait croire qu’elle va bien. Mauvaise idée : en électronique, “ça boote un peu” ne veut pas dire “ça va”.

Le pin CE de la ROM SFIX est relié au pin 11 du 259. Ce signal s'appelle SYSTEM et doit être bas quand la rom sfix de la carte est sélectionnée (par opposition à celle de la cartouche quand un jeu est inséré). Donc on remonte la piste jusque-là.

 

 

 

Mais d'ailleurs, un HC259, comment-ça-marche :

Petit rappel sur le HC259 pour ceux qui n’ont pas encore imprimé son datasheet sur l’intérieur de leurs paupières : c’est un latch adressable. Il permet d’envoyer la donnée présente sur le pin D vers l’une des sorties Qx, à condition que les lignes de contrôle soient dans le bon état. Le choix de la sortie se fait via S0, S1 et S2. Ici, la donnée arrive bien sur D, les lignes d’adressage bougent comme elles devraient, et tout indique que les différentes sorties sont bien sélectionnées tour à tour. Le HC259 a un autre mode quand CLR et G sont hauts qui maintient l'état courant sur Qx en bloquant le signal D. C'est notre cas. 

Sauf que… on a un joli signal haut sur le pin 11, celui qui nous intéresse justement. Le HC259 a donc toutes les apparences d’une puce défectueuse. En clair, il reçoit les ordres, il comprend la consigne, et il décide quand même de ne rien faire... ca vous rappelle quelqu'un ?

(ndlr: c'est pas classe de tacler quelqu'un qui quitte sa présidence dans quelques mois)

 

On le remplace donc pour voir !

Et BINGO : le DiagBIOS s’affiche enfin. On retombe alors sur l’erreur BRAM déjà détectée auparavant par le Briconeo. 

À ce stade, on en sait aussi un peu plus sur la BRAM : elle reste muette, ou bien elle n’est pas activée correctement. Ce problème est assez courant et vient souvent du HC32, qui gère les signaux 
/WE et /OE des deux BRAMs. Oui, encore une petite logique à la noix qui peut mettre tout un système en PLS. Vous voulez le pinout aussi ? Facile. Enfin… pour ceux qui arrivent à me lire !

 

Une fois le HC32 remplacé, la carte redémarre enfin correctement et tous les tests passent.

J’ai donc guéri cette pauvre carte de son indigestion. Elle était partie pour rendre son dernier souffle au fond d’un carton, et la voilà repartie pour trente ans de service. Comme quoi, avec un peu de méthode, deux puces logiques neuves et une tolérance élevée à la crasse, on peut encore faire des miracles. (même quand on écrit mal !)

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